Le noir et blanc au cinéma : 10 films à découvrir
SOMMAIRE
10 films en noir et blanc à voir au moins une foi
- M Le Maudit — 1931, Frizt Lang
- Les Temps modernes — 1936, Charlie Chaplin
- Casablanca — 1942, Michael Curtiz
- Psychose — 1960, Alfred Hitchcock
- Elephant Man — 1980, David Lynch
- Raging Bull — 1980, Martin Scorsese
- La Liste de Schindler — 1993, Steven Spielberg
- La Haine — 1995, Mathieu Kassovitz
- The Artist — 2011, Michael Hazanavicius
- Roma — 2018, Alfonso Cuarón
Le noir et blanc appartient depuis longtemps à l'histoire du cinéma. Pourtant, contrairement à une idée reçue, il n'est pas uniquement associé aux débuts du septième art. Des réalisateurs continuent aujourd'hui de l'utiliser, parfois pour retrouver l'atmosphère d'une époque, parfois pour créer une esthétique particulière ou renforcer la force d'une image.
Du cinéma muet aux productions contemporaines, cette absence de couleur a donc connu plusieurs vies. Voici dix films qui permettent de parcourir cette histoire et de comprendre pourquoi le noir et blanc continue de fasciner les cinéastes.

Pourquoi le noir et blanc a-t-il autant marqué le cinéma ?
Aux débuts du cinéma, les pellicules ne permettaient tout simplement pas d'enregistrer les couleurs comme nous les voyons aujourd'hui. Les premières expérimentations en couleur sont pourtant apparues très tôt, avec notamment des procédés de teintage, de coloriage à la main ou de filtres colorés. La couleur existait donc avant de devenir une véritable norme industrielle.Le véritable tournant arrive avec le développement de procédés plus performants. En 1935, Becky Sharp, réalisé par Rouben Mamoulian, devient le premier long métrage utilisant intégralement le procédé Technicolor trichrome.
Mais l'arrivée de la couleur ne signifie pas pour autant la disparition immédiate du noir et blanc. Les procédés couleur étaient coûteux et réservés dans un premier temps à des productions capables d'en supporter le prix. Le noir et blanc reste donc largement utilisé pendant plusieurs décennies.
LE SAVIEZ-VOUS ?
Un film en noir et blanc n'est pas forcément un film muet. Les deux caractéristiques sont totalement différentes. Le cinéma parlant se développe à la fin des années 1920, alors que la couleur devient progressivement accessible à grande échelle bien plus tard. Il existe donc de nombreux films parlants tournés en noir et blanc, notamment Casablanca (1942), 12 Angry Men (1957) ou encore Raging Bull (1980).
Le noir et blanc devient ensuite un véritable choix artistique. Même lorsque les productions en couleur deviennent courantes, certains réalisateurs continuent à privilégier les nuances de gris pour leur rendu visuel.
10 films en noir et blanc à voir au moins une fois
1. M Le Maudit — 1931, Fritz Lang
En 1931, le noir et blanc est encore la norme au cinéma. Fritz Lang ne choisit donc pas cette esthétique parmi plusieurs possibilités comme le ferait un réalisateur contemporain. En revanche, M le Maudit marque une étape importante dans l'utilisation du son. Pour son premier film parlant, Lang ne se contente pas de faire entendre les dialogues : il utilise les bruits, les silences et surtout la musique pour raconter l'histoire.Le meurtrier Hans Beckert est notamment associé à un air qu'il siffle, « Dans l'antre du roi de la montagne » d'Edvard Grieg, extrait de Peer Gynt. Le thème devient un signal symbolique : avant même de voir le personnage, son sifflement peut annoncer sa présence. Et détail étonnant, ce n'est pas Peter Lorre qui le siffle à l'écran. L'acteur n'y arrivant pas, c'est Fritz Lang lui-même qui a réalisé le sifflement.

2. Les Temps modernes — 1936, Charlie Chaplin
Avec Les Temps modernes, Charlie Chaplin est déjà à une époque où le cinéma parlant s'est imposé. Pourtant, il conserve largement le langage du cinéma muet pour suivre Charlot dans un monde dominé par les machines et le travail à la chaîne.Le film n'est toutefois pas totalement silencieux car Chaplin utilise des effets sonores, de la musique et même quelques voix, notamment celle du patron qui donne ses ordres à travers un écran. Le noir et blanc correspond encore à l'apparence habituelle du cinéma de l'époque, tandis que le choix de conserver un personnage presque muet devient lui-même une manière de raconter.

3. Casablanca — 1942, Michael Curtiz
Sorti en 1942, Casablanca appartient au grand cinéma hollywoodien de la Seconde Guerre mondiale. Michael Curtiz filme Rick Blaine, propriétaire d'un café où se croisent réfugiés, résistants et représentants des autorités, dans une ville devenue un point de passage vers les États-Unis.La couleur existe déjà à Hollywood, mais le noir et blanc reste extrêmement courant. Il permet notamment au directeur de la photographie Arthur Edeson de travailler les ombres et les éclairages, particulièrement dans les scènes nocturnes et dans le célèbre café de Rick.

4. Psychose — 1960, Alfred Hitchcock
Lorsque Hitchcock réalise Psychose, la couleur est déjà largement installée dans le cinéma américain. Le noir et blanc est donc cette fois un choix artistique.Hitchcock voulait notamment éviter que les meurtres deviennent trop graphiques et trop sanglants à l'image. Le choix était également lié au budget relativement limité du film. Le noir et blanc correspondait ainsi parfaitement à l'atmosphère inquiétante recherchée par le réalisateur.
Et pour renforcer encore cette impression, Hitchcock porte une attention particulière au son : les célèbres coups de violon de la scène de la douche sont devenus indissociables de la séquence.

5. Elephant Man — 1980, David Lynch
En 1980, la couleur est depuis longtemps devenue la norme. David Lynch fait pourtant le choix du noir et blanc pour Elephant Man, inspiré de l'histoire de Joseph Merrick, un homme atteint de graves déformations physiques dans l'Angleterre victorienne.La photographie monochrome donne au Londres industriel du film une atmosphère sombre et oppressante. La brume, les usines, les rues et les jeux d'ombres participent ainsi pleinement dans la représentation de cet univers.

6. Raging Bull — 1980, Martin Scorsese
La même année, Martin Scorsese utilise lui aussi le noir et blanc pour Raging Bull, alors qu'il aurait parfaitement pu tourner le film en couleur.Ce choix est notamment lié à l'époque racontée et à l'apparence des photographies de boxe de cette période. Le monochrome donne également aux combats un contraste très marqué, tandis que les images de Jake LaMotta semblent parfois directement sorties d'archives sportives.
Le choix est donc autant esthétique que lié à la volonté de recréer visuellement une époque.

7. La Liste de Schindler — 1993, Steven Spielberg
En 1993, Steven Spielberg tourne La Liste de Schindler presque entièrement en noir et blanc pour raconter l'histoire d'Oskar Schindler et des Juifs qu'il tente de sauver pendant la Shoah.Spielberg voulait retrouver l'apparence des images documentaires d'époque. La photographie de Janusz Kamiński s'inspire notamment du documentaire et du cinéma européen en noir et blanc. Quelques éléments colorés viennent cependant ponctuellement rompre cette photographie, avec notamment la célèbre petite fille au manteau rouge.

8. La Haine — 1995, Mathieu Kassovitz
Pour La Haine, Mathieu Kassovitz utilise le noir et blanc pour suivre Vinz, Saïd et Hubert pendant une journée sous haute tension en banlieue parisienne.Le choix n'est donc pas une simple conséquence de l'époque : en 1995, la couleur est évidemment disponible et largement utilisée. Le monochrome participe donc ici à l'identité visuelle du film et donne aux immeubles, aux rues et aux personnages un aspect très brut.

9. The Artist — 2011, Michel Hazanavicius
Avec The Artist, Michel Hazanavicius fait volontairement un bond en arrière. Le film est tourné en noir et blanc et presque entièrement sans dialogues audibles, en reprenant les codes du cinéma muet hollywoodien.Ce choix est directement lié à son histoire : le personnage principal est une star du cinéma muet qui voit sa carrière bouleversée par l'arrivée du parlant. L'esthétique n'est donc pas seulement décorative, mais elle fait partie du sujet même du film.

10. Roma — 2018, Alfonso Cuarón
Avec Roma, Alfonso Cuarón montre enfin que le noir et blanc n'appartient absolument pas au passé. En 2018, il choisit volontairement cette photographie pour raconter le quotidien d'une famille de Mexico au début des années 1970.Le réalisateur et son directeur de la photographie, Emmanuel Lubezki, ont travaillé les nuances de gris, les lumières et les reflets avec beaucoup de précision. Le résultat donne aux scènes ordinaires une dimension photographique, tout en évoquant l'époque dans laquelle l'histoire se déroule.

Le noir et blanc, un choix qui raconte aussi une histoire
Aujourd’hui, tourner en noir et blanc n’est plus une contrainte technique : c’est une décision artistique. Le réalisateur peut ainsi jouer davantage sur les ombres, les contrastes, les textures ou encore la lumière pour créer une atmosphère particulière.LE SAVIEZ-VOUS ?
Le Magicien d’Oz (1939), réalisé par Victor Fleming, utilise un procédé particulièrement célèbre : le film commence en noir et blanc avant de passer à la couleur lorsque Dorothy arrive au pays d’Oz. Ce changement permet de distinguer visuellement son quotidien au Kansas de l’univers fantastique qu’elle découvre.
Une esthétique toujours actuelle
Plus d’un siècle après les premières images animées, le noir et blanc continue ainsi d’avoir une place au cinéma. Certains réalisateurs l’utilisent pour évoquer une époque, d’autres pour créer un univers visuel ou attirer davantage l’attention sur les formes et les lumières. Preuve que parfois, retirer les couleurs permet justement de donner encore plus de caractère à une image.Si le cinéma vous passionne et que vous souhaitez à votre tour créer des images, raconter des histoires ou travailler dans l’audiovisuel, l’école EDAA peut vous accompagner dans la construction de votre projet grâce à ses formations dédiées aux métiers créatifs et du cinéma.

